12 décembre 2011

Interdiction de vivre

Un jour, j'écrirai sur les crises de déprime et/ou de colère que peuvent provoquer ce que j'appelle mes blocages. Pour l'instant, on va juste considérer qu'ils existent et qu'il m'empêchent de fonctionner: quand je ne fais pas quelque chose que je dois faire en urgence, je me refuse aussi de faire plein d'autres choses plus ou moins indispensables. Ou bien... je cherche un dérivatif, comme venir écrire ici.

J'avais envie de faire un inventaire rapide de tout ce qui m'empêche de vivre. De toute ma vie je ne me suis jamais sentie libre, et avec les années cela augmente de manière de moins en moins linéaire, et pas à la baisse. J'ai dit dès le départ que je n'étais pas là pour me plaindre: qu'un lecteur éventuel (pour l'instant y'a pas foule) veuille bien considérer qu'il s'agit juste d'une énumération. Et encore, je me connais, je ne vais pas y mettre tout.

Deux ingrédients de base, plus un qui ont constitué à eux trois les fondements qui ont ruiné ma vie. Je ne dis pas qu'il n'y a rien eu d'autre, mais ils font partie de la boule de neige et non pas du flocon originel:
Premier, un frère perturbé dont j'ai toujours été le souffre-douleur. C'est allé loin. Je n'ai jamais obtenu ni justice ni même reconnaissance de ce qu'il m'a fait.
Deuxième, une éducation machiste, là aussi être "la fille de la maison" ça peut mener très loin. Je sais que mes parents m'aiment, énormément même, mais le conflit des générations n'a pas été un vain mot avec eux. Cela m'a rendu schizophrène, à l'image de ce que je pouvais recevoir. Il faut dire que le premier ingrédient à énormément contribué à envenimer des choses. Le truc, c'est que cela m'a rendu à jamais méfiante envers les hommes, et les habitudes se sont installées... Je suis devenue et je reste la fille "coincée", avec les moqueries qui vont avec. Et comme on vous juge sur l'apparence, on peut vous attribuer des torts sur le simple critère de "vieille fille" ! Je l'ai vécu et je le vis encore. Quand des gens se moquent de moi, j'ai l'impression que la facture est augmentée de cette taxe-là. Parano la meuf ?

J'ai donc passé une enfance en rapport, totalement repliée sur moi-même. Repli dont j'ai commencé à chercher à sortir à partir de l'âge de 20 ans à peu près, ou un peu avant je ne sais plus. Mes rapports humains ont toujours été limités, et cela n'a pas tellement changé depuis tout ce temps, vu les découvertes peu reluisantes que j'ai pu faire ou expérimenter sur cette chère nature humaine.

Mais même comme cela, je suis convaincue que j'aurais pu m'en sortir sans le troisième ingrédient: le bruit de voisinage. Si quelque chose a flingué ma vie c'est bien ça. D'ailleurs ça a commencé... chez moi ! Dans les 25 années cumulées, je n'ai pas compté exactement mais c'est un minimum. Et ça continue d'ailleurs puisque je suis très probablement condamnée à vivre dans ces horreurs d'appartements en béton jusqu'à la fin de mes jours, et à rencontrer la bêtise, l'égoïsme, la méchanceté ou la stupidité qui vont avec. Mais elle est où, la maison ancienne pleine de recoins et entourée de verdure dans un quartier calme dont je rêve depuis si (trop) longtemps ?
Je me demande souvent ce que ma vie aurait été sans ce troisième ingrédient, car étant fragilisée par les deux autres je l'ai d'autant plus pris en plein dans la poire. Je suis sûre que j'aurais réussi à mener à bien tous les projets qui ont été avortés par la faute de la lie de l'humanité que j'ai été forcée de cotoyer et qui n'a cessé de me tirer vers le bas, LEUR bas. J'ai fait aussi beaucoup d'erreurs dans mes choix. Une seule erreur évitée, et ma vie aurait, j'en suis certaine, pris une toute autre perspective. Or le Titanic a coulé lui aussi par une accumulation de choses qui n'auraient jamais du se produire, mais qui étaient toutes "indispensables" à son naufrage.

Il y aurait tant de choses à dire, mais même en n'essayant que d'écrire des textes courts, le nombre de lignes croît très vite. Bref, tout cela a conditionné la suite: des dépressions en cascade, un boulot insatisfaisant, l'impossibilité de rencontrer des hommes qui m'auraient vraiment plu (Ca peut paraître bête, mais je me suis convaincue qu'il est plus facile de rencontrer chaussure à son pied dans un milieu professionnel qui nous ressemble que dans un milieu où l'on se fait chier, et devinez où j'ai atterri la plupart du temps), et plein d'autres choses encore. J'ai mis des années avant de comprendre certaines choses, mais au final je ne peux faire qu'un constat d'échec complet. Il faut dire quand même qu'on m'y a puissamment aidée, entre autres dans mon précédent milieu professionnel que je vomis quasiment en entier aujourd'hui.

Quand j'étais jeune j'avais déjà l'impression d'avoir cent ans, et aujourd'hui comme hier, je me demande chaque jour ce que je fais sur cette terre. Sauf qu'aujourd'hui j'ai quelques années de plus, et que j'ai pris conscience du fétu de paille que je suis et qui sera comme des milliards d'êtres humains avant moi emportés et balayés par le temps. Et totalement oubliés par la nouvelle humanité qui nous aura succédé. Mais quand on est jeune on ne fait que le savoir, en aucun cas on ne le réalise. Aujourd'hui comme hier, je m'interroge sur l'utilité d'essayer de continuer une existence vaine de bout en bout. Aujourd'hui en plus, je vis dans la peur. Je me demande tous les jours combien de temps mes parents vont rester parce que j'ai une trouille monstre, vu mon entourage extrêmement réduit et après tous les burn-outs que j'ai connus, si j'en supporterai encore un... Je me demande tous les jours si/quand je vais retrouver du travail, je suis en litige avec le Pôle Emploi qui me refuse injustement quelques centaines d'euros par mois alors que nos politiques ont tant d'argent public à gaspiller pour des causes foireuses et aussi pour s'en mettre plein les poches. Je me demande si je trouverai un jour un homme pour combler ma pesante solitude, combat difficile vu les raisons que j'ai de m'en méfier d'une part, et vu la pauvreté de ce qui est sur le "marché" d'autre part. Pour les enfants, c'est cuit quoi qu'il arrive. Grâce à toutes les ordures qui s'en sont pris et repris à moi, je me retrouve sans travail et ma retraite est foirée (sauf si je bosse jusqu'à 80 ans peut-être...). Et surtout je dois supporter chaque jour le souvenir de tout ce que j'ai raté dans ma vie parce que j'ai croisé trop de mauvaises gens et trop peu de bonnes. Oui, c'est facile de dire comme le prétendent certaines philosophies que "on est responsable de ce qui nous arrive". Je suggère à ceux qui pensent cela de vivre ne serait-ce que le dixième de la moitié du commencement du début de ce que j'ai vécu, et après ils pourront éventuellement commencer à penser à me donner des leçons. Ensuite, j'en reviens au parallèle que je faisais dans mon intro entre l'esprit et le corps: reproche-t'on à un blessé la blessure provoquée par un élément extérieur (par exemple un accident) ? Et bien c'est pareil pour l'esprit, quand on vous agresse et qu'on vous blesse alors que vous n'avez rien demandé, c'est un peu trop facile de dire que c'était de votre faute.

Que rajouter dans la catégorie "divers": mes problèmes de poids (je ne me sens bien que mince et devinez ce qui m'a rendue de plus en plus grosse et de plus en plus fréquemment ?), l'impossibilité de pratiquer mon instrument favori à un haut niveau (là aussi il y aura pas mal à dire), et tant et plus, il est tard et je ne sais plus mais il y en a.

Mais revenons-en au sujet du début... Si j'avais vécu sans entraves, ou disons, avec un taux d'emmerdements situé dans la moyenne, que n'aurais-je pas fait de ma vie ? J'avais quelques possibilités quand même... J'essaie de ne pas trop y penser car les jeux sont faits. A la place, j'ai toujours utilisé mon énergie à écrire ou à penser des choses comme celles-là. Voilà à quoi on m'a condamnée, à la retourner éternellement contre moi-même au lieu de m'en servir pour vivre et faire des projets.

Je m'interroge avec curiosité sur ce que je ferai de ce qui me reste d'avenir. Moralement, financièrement, sentimentalement, il est très compromis, et de plus je vis dans une société de moins en moins sûre et qui se décompose de partout. Est-ce que je tiendrai jusqu'à la fin ? Est-ce que je déciderai d'une autre solution, même pas par désespoir, non, juste pour arrêter de me faire chier dans une vie de malchance ? Est-ce qu'un événement tragique règlera la question à ma place ? Brrr... Ou est-ce qu'un miracle se produira ? Vu que je ne crois pas aux miracles...

Brouf, encore un article que j'aurais voulu écrire d'une autre façon...

Fin de l'inventaire.

Posté par vertbleu à 22:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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